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Voxwave, Alys, merveille virtuelle

Voxwave, Alyx, merveille virtuelle

Rencontre avec Geoffray Collignon, président de la société Voxwave, créatrice de la chanteuse virtuelle Alys.

Quand est née la chanteuse virtuelle Alys, mais d’ou vient son concept ?

Voxwave existe depuis 1 an et demi, nous travaillons sur Alys depuis près de deux ans. Nous avions identifié ce phénomène japonnais, de chanteurs virtuels, motorisés par des synthétiseurs de chant. Ce concept s’internationalise et en parallèle sur internet en France, on assiste au développement de la création participative en ligne. Mais il reste des frontières linguistiques qui font que l’internet francophone est structuré différemment de l’anglophone ou du nippon. Nous avons de très bons artistes présents sur cette scène, pourquoi ne pas collaborer avec eux à la création d’un projet francophone, qui permettrait de mettre en valeur des jeunes artistes. Cela s’est matérialisé autour du concept d’Alys, une chanteuse virtuelle, constituée d’outils 3D qui permettent de la faire danser, et d’un synthétiseur vocal pour la faire chanter. L’idée est que tout le monde peut se l’approprier et l’utiliser dans ses propres créations.

Qui sont les créateurs d’Alys ?

Nous avons une équipe un peu particulière, moi-même Geoffrey Collignon je suis président de la société. Normalien, j’ai étudié notamment en sociologie de la culture, les nouveaux marchés culturels qui émergent grâce à internet. C’est ce qui m’a poussé vers ce projet. Caroline est notre directrice artistique et vice présidente, elle s’occupe de la création des contenus. Elle a une longue expérience personnelle du côté de l’édition, notamment en édition de BD ou en l’occurrence elle a travaillé au contact de différents artistes, se rendant compte de problématiques telles que la faible prise en charge d’internet dans la création.  Lucien est autodidacte et a travaillé sur la conception du synthétiseur vocal, et Axelle qui s’occupe de la partie logistique, marketing et contact avec le public.

A quel besoin Alys répond-elle ?

Je dirais qu’il y a un besoin technologique qui est que pour finaliser une création, lorsqu’on a pas de voix, pourquoi ne pas utiliser une voix dématérialisée comme Alys, accessible immédiatement, qui permet aussi de faire du sur-mesure. Fondamentalement, le besoin culturel auquel on répond chez les jeunes créateurs qui nous suivent, c’est la possibilité de s’exprimer sur la scène artistique, en ayant un outil qui permet d’exposer leur création, d’entrer en contact avec un public. Alys c’est aussi une communauté de plus de 11000 personnes sur les réseaux sociaux, et nous sommes les premiers à travailler sur le français. Je dirais que l’on permet de répondre à un besoin culturel qui permet d’affirmer sa singularité au delà du français. C’est un élément très important de notre réflexion.

Comment fonctionne-telle et sa voix est-elle humaine ou entièrement électronique ?

Nous avons pensé cela comme proprement ergonomique, sur le même mode que les logiciels de MAO. Alys est un plug-in qui se branche sur un logiciel de musique, à partir duquel on peut entrer son texte et jouer ses notes sur un clavier relié à l’ordinateur, ou poser ses notes sur une partition virtuelle. On peut la faire chanter plus vite, mettre des effets, tout est personnalisable mais basé sur un élément central qu’est la voix d’Alys. Au niveau de la voix, nous fonctionnons par synthèse vocale, ce qu’on appelle le système par concaténation. C’est la même chose que la voix SNCF, nous sommes allés en studio avec une chanteuse française et avons enregistré la plupart des sons de notre langue et de la langue japonaise. On a ensuite fait un travail de développement qui permet au logiciel de trouver chacun des sons en fonction du mot tapé par l’utilisateur. Il y a donc quelqu’un qui a donné sa voix à Alys.

Créer une chanteuse virtuelle est une démarche qui pose des questions Éthique, quelles questions vous êtes vous posés ?

L’éthique est pour nous très importante, nous avons d’ailleurs établi une charte. Nous sommes partis du principe que la synthèse de chant était différente et relevait d’une autre façon de créer et d’envisager le rapport à la création. Une chanteuse virtuelle n’a pas tous les éléments d’une vraie chanteuse mais elle a d’autres atouts. On espère simplement fournir un nouvel outil créatif qui n’est pas concurrent du chant classique, que nous respectons beaucoup. Notre charte éthique expose les bons et mauvais usages de la création avec Alys. Alys est définie de façon très vague comme un personnage ayant une tresse bleue et de sexe ou genre féminin, concrètement cela laisse la porte ouverte à une pluralité d’expression, et nous sommes très ouverts et très cosmopolite, puisqu’Alys peut chanter sur n’importe quel style. Pour nous c’est un moyen de replacer le compositeur souvent effacé par l’interprète, dans le geste créatif, et d’avoir une réflexion sur ce qu’est la co-création. Nous essayons de défendre le droit d’auteur français, la protection des artistes et la propriété intellectuelle. Concernant les enjeux de publication, nous ne sommes pas responsables de ce que font les utilisateurs, mais nous avons inscrits clairement dans notre charte que nous étions contre tout message de haine, et l’utilisateur reconnaît que nous pouvons lui demander de supprimer un texte qui ne serait pas en accord avec nos idéaux. Enfin, pour nous Alys est un medium qui permet de formuler des choses qu’un chanteur classique aurait du mal à exprimer, sur le thème du harcèlement scolaire par exemple. Le fait que ce soit un être dématérialisé a permis à certains créateurs de mettre à distance leur statut de victime, de pouvoir regarder cela avec plus de détachement.

Vous êtes arrivés en novembre au Numéric Lab, qu’est-ce qui vous a attiré est-ce la reconnaissance Unesco, le travail de MAO à l’école de musique, les partenariats avec le japon ? 

Nous avions déjà essayé un incubateur sur Paris mais ce ne fut pas concluant. Le numéric lab est un écosystème plus petit et donc plus dense dans lequel notre singularité est mieux prise en charge et mieux mise en valeur. Nous sommes venus dans le Val d’Oise parce que c’est un département dynamique avec des entreprises tournées sur les métiers d’avenir. En terme d’agglomération, Plaine Vallée est un territoire historiquement et culturellement intéressant avec des bibliothèques, médiathèques dans lesquels nous pouvons partager nos connaissances avec les autres. Enfin, Enghien nous a attiré car notre projet a vocation de s’affirmer dans la francophonie, tout ces liens avec Montréal, Dakar via le réseau Unesco, sont très enrichissant de même que ceux avec le japon et notamment Sapporo. La ville investie aussi beaucoup dans le numérique, et avec l’école de musique dans la MAO. D’ailleurs Alys sera installée sur certains postes de l’école de musique. Pour finir, le centre des arts est un lieu de rencontres artistiques très riche dans lequel avons vocation à s’inscrire de par ses infrastructure dans le cadre d’un concert d’Alys. L’offre évènementielle de la ville était un argument pour nous notamment dans les arts numériques.

Vous parliez de la MAO, Alys peut-elle être un outil pédagogique ?

Tout à fait, c’est même un enjeu de développement pour nous, notamment parce que dans cette ville il y a une école qui se spécialise dans la MAO et que c’est là où on forme les créateurs de demain dont nous souhaitons particulièrement nous rapprocher. C’est un outil qui leur permet aussi de finaliser leurs morceaux, car la grande problématique d’un compositeur de MAO, c’est qu’il a tout en main mais pas toujours la possibilité d’entendre clairement ce qu’il a composé notamment en terme de voix et de texte, il ne peut pas aller au bout de cet expérience. Cela va contribuer à ramener aussi de nouvelles personnes sur la communauté.

Alys ne laisse-t-elle pas entendre que l’on peut faire de la musique en un clic très facilement, ou bien au contraire reconnaît-elle l’autodidacte ?

Notre philosophie ne consiste pas à dire que créer est facile, car nous sommes conscients que le processus de création est quelque chose de complexe, notamment en termes de maturation d’une œuvre, que la personne soit formée ou autodidacte. Il s’agit de dire qu’Alys est un médium, d’avoir un outil simple d’utilisation pour la création. En interne, nous avons un élément important d’accompagnement auprès des artistes, qui leur apporte des retours sur la création, pour leur permettre de se perfectionner. Le style et la voix singulière d’un artiste nous intéresse particulièrement et cela participe de la création de l’univers d’Alys qui est un univers fragmentaire, pluri-disciplinaire qui représente autant l’univers de notre héroïne, que la singularité d’un artiste.

L’internaute peut s’approprier totalement la chanteuse, peut-on imaginer un album d’Alys, et y-a-t-il des labels intéressés ?

Nous faisons cela avant tout pour être indépendant, l’optique est de porter un message différent sur ce qu’on peut faire dans l’industrie culturel, en disant qu’il est possible de faire quelque chose de qualité, d’original sans écraser les artistes avec lesquels on travaille.  Nous avons déjà sorti un album avec différents artistes, on a déjà fait des spectacles ou elle est projetée sur scène, et nous avons choisi d’assurer nous même la distribution, car le milieu de la musique est assez compliqué.