Mc Kinley, le bien-être au sommet

Mc Kinley au sommet

Partis le  23 avril deux Enghiennois père et fils, ont atteint le plus haut sommet d’Amérique du Nord, le mont McKinley (6194 mètres) poursuivant ainsi le défi de réussir l’ascension des plus hauts sommets des sept continents recensés par les alpinistes.

Chez les Hentgen, le virus de l’altitude se transmet de père en fils. Ces deux Enghiennois, Pierre (49 ans, ingénieur-consultant ) le père et Yoan le fils (23 ans, étudiant en journalisme), parcourent les sommets du monde depuis plusieurs années. Encordés pour ce beau projet de longue haleine, ils comptent déjà à leur actif : le mont Elbrouz (5642 m) en Russie, le Kilimandjaro (5895 m) en Tanzanie, l’Aconcagua (6962 m) en Argentine. Pour boucler leur projet, resteront à enchaîner la Pyramide de Carstensz (4884 m) en Indonésie, le mont Vinson (4897 m) en Antarctique et enfin l’Everest (8848 m) le toit du monde en Asie.

père et filsOn ne s’engage pas dans une telle aventure sans expérience

L’alpinisme ne souffre pas l’amateurisme. Exploits sportifs, ces ascensions réclament un excellent niveau physique notamment une grande résistance à l’effort. Techniquement les courses sont plus ou moins complexes avec des conditions en neige, en glace et en rocher variables rendant l’engagement toujours présent pour tous les membres de la cordée. De solides qualités psychologiques sont aussi nécessaires pour endurer la solitude, des conditions météorologiques extrêmes et résister aux dangers objectifs propres à la montagne.  Cette alchimie confère à chaque course une excitation et un plaisir indéfinissables. « La haute montagne, un univers si particulier !  Il nous a suffi d’une seule ascension pour faire naître une passion. Les cîmes enneigées nous ont envoûtés et à jamais nous ont changés. »

La préparation physique est essentielle. Alors pour se préparer depuis 2008 ils engrangent ensemble les sommets en France, en Inde, en Bolivie. Plus proches, vous les avez peut-être déjà croisés autour du lac d’Enghien-les-Bains lors de longues séances de footing. Au sein de l’association « Seven summits France » ils emmènent régulièremrnt dans l'année d’autres compagnons de cordée.

cordéeMcKinley : leur 4ème sommet sur 7  à gravir

Partie de France le 23 avril, l’expédition en Alaska devait durer 18 jours dont 12 pour l’ascension du McKinley (aussi appelé le Denali, "montagne haute" en langue indienne). Les grimpeurs progresseront en autonomie totale dans un milieu extrême. L'altitude rend les conditions de vie difficiles : raréfaction de l’oxygène, mal des montagnes, environnement de neige et de glace, et la météo très rude (-25° e des vents à 80km/h) compliquent la tâche. En cas d’incident médical, un rapatriement serait délicat.

Course de haute montagne, l’ascension du McKinley  s’organise à partir du camp de base situé sur le glacier de Kahiltna à 2100 m d’altitude. Elle s’effectue par étapes avec cinq camps d’altitude avant d’atteindre le sommet. Ici pas de porteurs d’altitude comme dans les grandes expéditions himalayennes : les charges seront hissées dans les camps d’altitude par les grimpeurs eux-mêmes. Si jusqu'au camp 3, la montée se déroule sur le glacier en pente douce la suite propose des pentes à 45°. Les passages les plus délicats nécessitent une très bonne expérience du cramponnage. Les étapes sont d'une durée moyenne de 6 heures. Mais le jour du sommet, 10 heures d’effort sur 1000 m de dénivellé, principalement sur l’arête sommitale dans des conditions difficiles, seront nécessaires. Film et conférences sont prévus pour la rentrée à l’automne.

 

Suivi pas à pas... JUSQU'AU SOMMET AVEC LES HENTGEN

Incidents,froid, émerveillement, voici le récit de leur ascension à partir des es enregistements sonores de Yoan et Pierre Hentgen, chefs d’expédition au mont McKinley – mai 2011

Arrivée en Alaska. Après un voyage de 24h et des arrêts dans différents aéroports, notamment à Seattle, aux Etats-Unis, on est bien arrivés en Alaska, à Anchorage. Puis on a pris un mini van pour nous amener au parc national du Denali (ndlr : où se trouve le mont McKinley). Nous avons pu voir de loin s’élever le majestueux mt McKinley aussi appelé le Denali. Maintenant nous croisons les doigts pour que la météo soit meilleure et pour pouvoir prendre dans la journée un petit avion qui nous amènera à 2100 m sur un glacier situé à la base du mont McKinley, pour y installer le camp de base. Nous pourrons alors véritablement commencer l’ascension.

La cordée. Il fait suffisamment bon pour progresser en montagne mais pas assez pour poser l'avion. Aucune visibilité à 2100 m d’altitude. La cordée est très sympa. On a appris à mieux se connaître en arrivant en Alaska. Puis nous nous sommes répartis le matos et la nourriture. Je confirme que chacun a un peu moins de 60 kilos à sa charge.

Incertitudes météo. Cela fait 2 jours qu’avec mon père et les autres membres de l’expédition, nous sommes coincés à Talkeetna petite ville au pied du mont McKinley. On attend que les conditions météo soient plus clémentes. Hier (ndlr : mercredi 26 avril) une partie de l’expédition a fait un test en avion au dessus du glacier de Kahiltna à 2100 m : la visibilité était nulle, trop de nuages, le vent était trop fort, donc impossibilté de poser l’appareil. Maintenant nous essayons d’être confiants pour demain. Et si demain nous pouvons atteindre et atterrir sur le glacier de Kahiltna, alors nous serons encore dans les temps pour faire l’ascension du McKinley.

Sur le glacier de Kahiltna - Jour 1. Après deux jours de longue attente on peut enfin parler de Jour 1. Mon père et moi nous avons pris l’avion,  profitant du temps dégagé pour se rendre sur le glacier de Kahiltna. On a atterri au camp de base du Denali en début d’après-midi. Et comme nous avions déjà perdu suffisamment de temps, nous avons directement enfilé les raquettes et nous avons marché dans la neige jusqu’au camp 1 à  2400 mètres. Nous sommes arrivés assez tard, épuisés par un kilométrage important et le poids de nos sacs de 50 kg chacun. Les huit membres de l’équipe sont fatigués mais vont bien. Cependant une mauvaise nouvelle a terni cette journée : les arceaux d’une tente ont été oubliés dans l’avion. Nous n’avons donc plus que trois tentes au lieu de quatre. Deux tentes de  trois personnes et une tente de deux personnes. Mon père et moi dormirons dans cette dernière, alors que les autres seront à trois.

Entre camp II et III. Jour 2. Une journée exceptionnellement difficile ! Nous sommes tous épuisés après avoir avalé un dénivelé de 900 mètres en 5 heures ! Nous ne nous sommes pas arrêtés au camp II, mais 100 mètres sous le camp III. Trop fatigués, nous avons installé un camp intermédiaire un peu précaire pour la nuit. Malgré le vent glacial, nous avons installé nos tentes avec soin, pour qu’elles ne s’envolent pas pendant la nuit. Nous sommes confiants. Demain sera une journée tranquille, 100 mètres pour atteindre le camp III puis repos.

Arrivée au camp III. Jour 3. Nous sommes facilement arrivés au camp III après 45 minutes de marche pour atteindre les 3300 mètres. L’acclimatation à la haute montagne et au manque d’oxygène commence réellement. En arrivant au camp III, nous avons sorti les pelles pour aménager une terrasse plate, confortable pour installer les tentes et bien dormir. Nous avons utilisé les couteaux à glace pour découper des blocs et ainsi se protéger du vent. C’est important d’avoir fait cette installation car nous passerons trois nuits à cet emplacement et nous acclimater et aller plus haut.

Acclimatation au camp III. Hier, J4, nous n’avons pas donné de nouvelles car nous sommes restés tranquillement au camp III à regarder le paysage, manger et apprendre à nous connaître, tout en nous acclimatant au manque d’oxygène, s’en rien faire. Nous avons respecté la règle rappelée par les médecins, selon laquelle il ne faut pas monter plus de 800 mètres tous les deux jours.

Aller-retour à 4400 m. Aujourd’hui, J5. A partir de cette altitude, nous avons porté une partie du matériel en altitude jusqu’au camp IV et ainsi éviter de toutes nos affaires de camp en camp : nourriture et fuel (combustible pour chauffer l’eau et la nourriture) ont été hissés dans nos sacs à dos   jusqu’à 4400 mètres, puis enfouis sous un mètre de neige. Nous le récupérerons lorsque nous nous installerons définitivement au camp IV. Puis nous sommes redescendus au camp III pour y dormir.

Vue magnifique, sublime du camp IV. J6. Après une très longue marche avec un sac à dos très lourd, on s’installe au camp IV à  4400 mètres où rebelote nous avons sortis pelles et couteaux à neige pour aménager la plate-forme qui nous recevra, avec des blocs de neige et de glace qui nous protégerons. La vue du camp IV est réellement magnifique, sublime. Je crois que je n’ai jamais rien vu d’aussi beau. Le soleil est immense, la vue dégagée. Les contrastes de bleu et de blanc semblent infinis. Les chaînes de montagne n’en finissent plus de se déplier devant nous. Majestueux, le Fourhaker et le Hunter, deux montagnes qui se dressent au pied du Denali, nous font face. Un spectacle magnifique dont nous ne nous lassons pas, ni moi, ni mon père qui les admire.

Marche sur les nuages. J 7. Aujourd’hui nous avons l’impression que cette journée est charnière. Il semble que nous aurons une fenêtre météo pour faire le sommet demain. Donc nous portons le bon matériel pour  le camp V à 5300 mètres pour nous y installer et envisager le sommet. C’est une journée extrêmement  difficile, dure physiquement et techniquement avec le passage d’un mur de neige très pentu, à 45°, avec des cordes fixes sur 400 m, où on se hisse essentiellement à la force des bras. Ensuite nous avons véritablement marché sur les nuages, sur une arête étroite avec de chaque côté un dénivelé de 500 mètres. C’était magnifique ; mais pour être honnête aucun de nous n’en a vraiment profité car nous étions littéralement rincé. La découverte du camp V fut une libération, pour mon père encore plus que pour moi : depuis plusieurs jours il souffre physiquement, mais l’important reste qu’il ne souffre pas du mal aigu des montagnes, atteinte qui peut obliger à redescendre par manque d’oxygène. Sur les huit que nous sommes, un seul se sent vraiment mal : maux de tête et à la  poitrine qui devraient le priver du sommet demain. On croise les doigts la pression monte  avec cette volonté de tenter le sommet demain, avec un départ très tôt. Au départ on avait prévu de le faire en douze jours ; nous ne sommes qu’au 7e.

Beau mais froid : -30°. J8, le matin. C’est le jour du sommet ! Ce message est enregistré dès le matin car ce soir je serai sans doute très fatigué et je ne pourrai pas parler. Il fait très très froid, - 30° je pense, mais très beau : pas de vent, pas de nuage. Nous allons partir. Heureusement nous n’avons pas écouté  hier d’autres alpinistes qui  redescendaient, la face gelée et nous conseillaient d’en faire de même. L’un d’entre eux nous a quand même dit de tenter notre chance ce que nous avons fait et je pense que nous avons bien fait compte tenu du temps.   

Le sommet. J9. C’est bon ! Nous sommes le jour 9. Et hier, 5 mai, J 8 en fin d’après-midi, nous étions au sommet du Mont McKinley, 6194 m, le plus haut sommet d’Amérique du nord. Nous avons souffert pendant près de huit heures pour y parvenir ; Mon père était au bout du rouleau physiquement, mais il est toujours resté lucide ce qui fait que le chef de la cordée ne lui a jamais dit de redescendre. Nous avons eu des passages très techniques avec des franchissements de crevasses, des pentes importantes. Et  tout le monde a bien tenu le choc. Sur les 7 membres du groupe, les 7 sont arrivés au sommet où il faisait tellement froid, et nous étions tellement fatigués que une fois les photos dans la boîte, nous n’avons pas eu le temps de profiter du paysage et de méditer un peu, ce qu’on aime faire en général. Nous sommes directement redescendus, une très longue redescente. Nous sommes assez fiers,  car nous sommes la première cordée de l’année 2011 à atteindre le sommet, qui plus est en 8 jours. C’est assez exceptionnel, même les rangers américains conseillent de faire le sommet en 13, 14, voire 15 jours. Nous avons fait la trace  jusqu’au sommet, les autres cordées qui tenteront le sommet cette année emprunteront nos pas. A très bientôt en France.

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Mc Kinley
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