-A A +A

Souvenirs Enghiennois-Mémoire de Guerre

Souvenirs Enghiennois-Mémoire de Guerre

Alors que la seconde guerre mondiale explose, nos séniors enghiennois ne sont encore que des enfants qui dans un monde asservi par l’occupation, assistent avec inquiétude à l’oppression. Ainsi nous racontent-ils l’envahissement de leur ville par les allemands qui occupaient une propriété avenue de ceinture face à la rue du Docteur Leray et 51 rue de Mora. Ainsi, rapportent-ils les arrestations, les vols notamment ceux des vélos des ouvriers qu’ils confisquaient, sur le chemin de l’école, ils prévenaient comme il le pouvaient les cyclistes croisés. Il y avait aussi les tickets de rationnements pour la nourriture, le charbon, le tabac, l’habillement. Les tirs qui fendaient les rues, les chars qui effrayaient les passants, et les défilés qu’ils asseyaient de saboter comme ils le pouvaient en jetant des cailloux par les fenêtres, acte de résistance minime à la hauteur des enfants qu’ils étaient. Les explosions laissent toujours des traces sur les enfants, surtout lorsqu’il s’agit d’un V2 tombé au centre du vieux village de Deuil, sur l’église.

Madame Poulain, Des pommes véreuses

« J’avais 3 ans quand la guerre a été déclarée. Mes parents et moi sommes partis avant l’arrivée des allemands, laissant notre chien dans la rue, prenant un train à la gare d’Enghien sans savoir ou nous irions. Lorsque nous sommes revenus sur Enghien les Allemands étaient là, il fallait attacher un morceau de tissus blanc à la grille pour signaler que la maison était occupée, coller du scotch sur les fenêtres et laisser le portail ouvert. Je me souviens qu’un matin en allant au jardin j’ai trouvé un Allemand en train de prendre de l’eau au robinet extérieur. Nous avions aussi un pommier et ils venaient avec leur char, stationnaient sur le trottoir (rue de Mora) et cueillaient les pommes. Je n’étais pas contente, mais mon Papa me disait « t’en fais pas, elles sont véreuses »

Hélène Barlet, le vol des tableaux

« Juste avant la libération, les allemands préparaient leur départ, rassemblant dans le kiosque en bois près du lac, des tableaux. Mon cousin et un ami sont allés voler des tableaux. Mis en joue par un allemand ils se sont enfuis. Ils ont été sauvés par un monsieur qui est sorti, a pris les tableaux et leur a dit de s’enfuir. Nous n’avons jamais su ce que les toiles étaient devenues. »

Olga Hanet, résistance

« Depuis le 18 août 44, nous avions chaque jour des choses désagréables : plus de gaz, plus de journaux, presque plus d’électricité… Dans la grande rue les allemands sont passés dimanche en tirant dans les fenêtres, et notre boucher, Monsieur Bridault a eu une balle qui lui a rasé la figure. Il était chez lui, au second étage, la balle s’est perdue dans le plafond. On n’a aucune nouvelle de l’abbé Hénoque … L’autre jour, une affiche allemande a été posée sur les murs, disant que nous étions en état de siège. Il fallait garder les portes ouvertes, les fenêtres fermées, et cela du coucher du soleil jusqu’au lever. Et en cas de troubles nous devions tout fermer et rester dans les caves. Le lendemain, une affiche blanche a été collée sur l’affiche rouge par la résistance. Elle disait que tout homme de 18 à 60 ans devait se considérer comme mobilisable, qu’il fallait dire où il y avait des armes et ne pas se faire justice soi même. »

Olga Hanet, Libération

« Ce matin du 26 août, je suis partie comme d’habitude au marché, ne sachant pas la nouvelle puisque nous n’avons pas d’électricité ! En arrivant les gens parlaient, les visages étaient réjouis et on parlait de libération ! Paris, la Seine, Seine et Oise et Marne étaient paraît-il délivrés. Je ne le croyais pas car effectivement il y avait encore des allemands à Enghien et on entendait dans les rues beaucoup de coup de fusil. Lorsque je suis retourné chercher mon pain J’ai aperçu beaucoup de monde se diriger vers la place Foch. J'y vais et je reste sidérée. On était en train de couper les cheveux des collaboratrices – puis on les montait sur la jardinière du lampadaire du milieu de la place Foch. Têtes rasées, sur le front la croix gammée, peinte en noir... »*

*Propos confiés à Jacqueline Zouary et Nicole Revailler en 2006  par Mme et Mr Hanet

M. Larue, Rationnement

« Mon frère ainé partais pour la défense passive, il était réquisitionner durant les alertes pour diriger les personnes vers les abris. Il y avait évidemment des tickets de rationnement, mais mon père ramenait parfois des haricots de Lardy. Une fois alors que nous allions à l’école nous avons aperçu les fameux haricots sur le bord de la route, son sac devait être percé et l’on pouvait voir tout le chemin qu’il avait parcouru, aussi, de peur que nous ne soyons repérés nous les avons écartés. »

M. Larue, libération

« Le jour de la libération maman m’avait envoyé chercher du pain aux alentours de 16h. En sortant de la boutique, j’aperçois des voitures de l’armée qui arrivent par le cygne d’Enghien. J’ai couru tous le long du chemin en criant : « Voilà les américains !! », dans la soirée, il y eu une très grosse explosion c’est le char des allemand qui sautait rue Leclerc. »

M.Gentet, Le souvenir de Léa

« Mon enfance a été marqué par le souvenir de Léa, cette petite fille de dix ans qui le 4 Février 44 a vu ses parents pour la dernière fois parce qu’ils étaient juifs. En revenant de courses avec son papa, ils aperçoivent au loin une voiture bien reconnaissable devant leur maison. Tout de suite après le drame, quand mes parents ont évoqué la venue de la police, j’ai retenu que les allemands avaient emportés Léa et ses parents. Plus tard j’apprendrais que Léa avait pu se sauver. Les années passaient et il m'était impossible de regarder la maison du Boulevard Sadi Carnot sans penser à Léa et à ses parents. J’ai donc cherché à la retrouver.  Sur les conseils de son papa, Léa était partie se réfugier chez une voisine, proche de la famille qui  lui claque la porte au nez. Léa se résigne à rejoindre ses parents, mais à la vue de la police se sauve et va frapper à la porte de la  famille S qui lui donne une soupe puis l’emmène là ou sa tante l’attend. Elle rejoindra sa sœur et se cachera dans un pensionnat en Isère avant de revenir à la libération et de trouver une maison dévastée et d’être confiée à la pension de Mme Deltour. » *

*Retrouvez l'intégralité du récit de Monsieur Gentet en téléchargement ci-contre.

Souvenirs Enghiennois-Mémoire de Guerre
Souvenirs Enghiennois-Mémoire de Guerre
Souvenirs Enghiennois-Mémoire de Guerre
Souvenirs Enghiennois-Mémoire de Guerre
Souvenirs Enghiennois-Mémoire de Guerre
Key points: 

Libération, les dates clefs:

  • Le 25 août 1944: les troupes allemandes occupent encore Enghien les Bains. La Résistance se manifeste au grand jour. On lance des appels désespérés à la 2ème DB et aux Américains.
  • Le 26 août au soir: les Allemands ont évacué la Kommandantur, la Felden gendarmerie, les bureaux de la Gestapo, le casino…
  • Le 27 août, vers midi: le colonel allemand Hesse et son groupe de combat commencent leur descente vers Enghien par la route de Saint-Leu. Ils tombent sous les tirs nourris des résistants, organisés en groupe de combat, avec près de 2000 hommes armés. Les Allemands neutralisent le secteur du croisement des trois communes, le fortifient avec des barricades anti-chars et des mitrailleuses. La 2ème DB à Saint-Denis détache enfin le sous groupement Minjonnet.
  • Vers 15 heures: trois chars des Fusiliers Marins « Bourrasque », « Ouragan » et « Cyclone » foncent vers le carrefour des trois communes. « Ouragan » tire deux coups de canon dont le second atteint de plein fouet le tank placé à l’angle de la rue de la République. Le blindé allemand explose. « Bourrasque » de son côté, s’attaque à un autre canon et le détruit en quelques salves. Les Allemands commencent à reculer. Ils se replient sur Montmorency….les dégâts sont importants ….le prix de la libération !